Les premiers jumelages
Rambouillet poursuit avec bonheur ses jumelages anglais, allemand, belge, espagnol et portugais. De nombreux articles s’en font l’écho, chaque année.
Y a-t-il de nouveaux projets dans ce domaine ? Je n’en ai pas connaissance. Il serait passionnant de se jumeler avec une ville d’Asie… mais les frais de déplacements sont dissuasifs. Un jumelage avec une ville d’Afrique ou du Moyen-Orient ? Il y aurait sans doute des réserves. Pourquoi pas un jumelage avec une ville d’Europe du Nord ? Sans doute tout simplement parce que personne n’est assez motivé pour le proposer. Ou parce que les noms scandinaves sont trop compliqués : qui peut souhaiter se jumeler avec Hafnarfjörður ?
Je ne reviens ici que sur la période 1950-1970 : celle des premiers jumelages de Rambouillet avec Great-Yarmouth en 1956, et Kirchheim-unter-Teck en 1967.
Une dimension symbolique et pacifique
Mon Robert définit le « jumelage de villes » comme étant la « coutume consistant à déclarer jumelles deux villes situées dans deux pays différents afin de susciter entre elles des échanges de toutes sortes ».
Il est dérivé du verbe « jumeler » qui a d’abord signifié « fortifier, consolider par des jumelles : exemple : jumeler un mât, une vergue » ( les jumelle étant « deux pièces de bois, de métal semblables ») avant de prendre le sens plus général de « ajuster ensemble deux objets, deux choses semblables ».
Et ce qui me semble intéressant dans cette origine c’est que cet ajustage est destiné à consolider. En matière de villes, il s’agit de créer des échanges qui profitent autant aux uns qu’aux autres, à mille lieues des relations de vassalité sur lesquelles reposait l’organisation de l’Ancien Régime. On parlerait aujourd’hui de partenariat gagnant-gagnant.
Les jumelages entre villes sont nés en Europe après la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte marqué par la volonté de réconciliation entre les peuples. L’idée était simple mais ambitieuse : créer des liens directs entre les habitants de différents pays afin d’éviter le retour des conflits qui avaient déchiré le continent.

Le compagnon n’est-il pas celui avec qui on partage son pain (cum pano), et recevoir à sa table un étranger (ou être reçu chez lui) n’est-ce pas le meilleur moyen de se découvrir des goûts communs, d’apprécier une culture différente, de créer des liens loin des stéréotypes et des préjugés ?
À travers les échanges scolaires, culturels, sportifs ou associatifs, les municipalités cherchaient à rapprocher les citoyens au-delà des frontières. Les premiers jumelages ont eu lieu entre villes françaises et villes anglaises : un rapprochement entre alliés d’hier que l’opinion publique ne pouvait qu’accepter, et dont beaucoup prolongeaient ainsi des contacts qu’ils avaient eus durant la guerre.
Les jumelages avec des villes allemandes ont été plus lents à se mettre en place : il a fallu à leurs promoteurs le courage de braver l’opinion d’anciens combattants ou d’anciennes victimes d’une époque encore récente. Ils sont aujourd’hui les plus nombreux -de très loin– parce que la volonté de réconciliation entre nos deux pays, incarnée par le rapprochement entre Charles de Gaulle et Konrad Adenauer (1959-1963), a été forte et réciproque, et parce que ces jumelages avaient obligatoirement une dimension symbolique et pacifiste plus forte qu’avec nos alliés d’hier.
« Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts » écrivait déjà Isaac Newton.
Avec le temps, ces partenariats sont devenus un outil de construction européenne et d’ouverture culturelle. Dans de nombreuses communes, ils ont permis à plusieurs générations de découvrir d’autres modes de vie et de nouer des amitiés durables. Les jumelages ont ainsi contribué à faire vivre concrètement l’idée d’une Europe fondée sur la coopération, la fraternité et la connaissance mutuelle.
Avec près de 36 000 communes, forte d’une situation géographique privilégiée en Europe (7 voisins immédiats) et bénéficiant d’une image attractive sur le plan international, la France a toujours disposé d’un fort potentiel pour devenir un des fers de lance du mouvement des jumelages sur le plan européen et sur le plan mondial.
Les 4 354 communes françaises jumelées répertoriées par l’AFCCRE en 2025 ont près de 6 400 partenaires situés sur le continent européen. Les jumelages allemands représentent plus de la moitié d’entre eux.
Dans les Yvelines, les plus vieux jumelages (avant 1960) ont été ceux de Maisons-Laffitte et le-Mesnil-le-Roi avec Newmarket (Royaume-Uni) en 1954, celui de Rambouillet avec Great- Yarmouth (Royaume-Uni) en 1956, de Mantes-la-Jolie avec Schleswig (Allemagne) et Hillingdon (Royaume-Uni) en 1958, et de Versailles avec Giessen (Allemagne) en 1959.
Rambouillet-Great-Yarmouth
Je n’ai pas trouvé d’explication quant au choix de Great-Yarmouth par le comité de jumelage présidé par le docteur Pierre Crozier sous l’impulsion de Mme Thome-Patenôtre. Sans doute les villes anglaises qui cherchaient un partenaire étaient-elles assez rares, à moins que ce ne soit précisément leurs grandes différences qui aient séduit les deux villes ?
En 1956 Rambouillet comptait environ 9 000 habitants, une économie réduite, et si la forêt attirait un tourisme de proximité, le fait que le château était résidence présidentielle n’en facilitait pas la visite.
Great-Yarmouth était (est toujours) la station balnéaire la plus importante du Norfolk. Sa population d’environ 60 000 habitants explosait durant la saison touristique. Elle avait un passé industriel lié à la pêche au hareng, remplacé depuis le déclin de celle-ci par la présence de plateformes pétrolières et d’un important champ éolien près de sa côte.

Il n’empêche que ce sont ces deux cités si différentes, représentées par Mme Thome-Patenôtre pour Rambouillet et Mrs M Gilham pour Great-Yarmouth qui ont signé le 28 octobre 1956 leur protocole d’amitié « en vue de promouvoir et de développer entre les habitants les échanges linguistiques, culturels et sociaux… ».
Présidé par Mr Mathon, maire-adjoint, puis pendant longtemps par le docteur Planté, le comité de jumelage a mobilisé de nombreux rambolitains dès sa création.
Nos élus locaux ont dû être jaloux quand ils ont vu défiler leurs homologues anglais avec perruques et robes, mais ils n’ont pas obtenu de modifier leur garde-robe.
A la suite de séjours d’enfants anglais, à Pâques à Rambouillet et d’enfants français, en été à Great-Yarmouth, encadrés par des moniteurs, hébergés dans des écoles et accueillis le dimanche dans des familles, se sont noués des liens amicaux, consolidés par une correspondance suivie, à cette époque pré-internet.
Les rencontres culturelles et sportives ont conduit à des échanges familiaux… et ont incité bien des Rambolitains à se mettre (plus ou moins!) à l’apprentissage d’une langue anglaise qui était alors terriblement mal enseignée dans les lycées.

Des mariages franco-britanniques ont encore rapproché les deux communautés.
Hervé se souvient : « J’étais allé une première fois à Great-Yarmouth et j’y avais rencontré Sally. J’avais 17 ans 1/2 et elle, deux ans de moins. Nous nous sommes vus, revus et re-revus. Contrairement à ce qui se racontait sur les petites anglaises, et qui était l’un des attraits supposés des séjours linguistiques, nous étions ultra surveillés ! Quand je suis parti à Reims pour mes études dentaires Sally a trouvé un poste de jeune fille au pair… à Nice. Après des études en Angleterre elle est venu à Reims pour un emploi de secrétaire de direction dans la Maison Ruinart, et en 1971 nous nous sommes mariés pour le meilleur… et le meilleur, d’abord à Great-Yarmouth puis à Rambouillet.
Nous étions le 4ème couple issu du jumelage. »
Sans entrer dans le détail des rencontres qui ont marqué les premières années de ce jumelage qui est toujours aussi actif, on peut signaler le 8 avril 1964 la visite à Rambouillet de Sir Person-Dixon, ambassadeur de Grande-Bretagne à Paris, à l’occasion d’un échange de jeunes, et pour le 10ème anniversaire du jumelage, celle de Sir Reilly, ambassadeur d’Angleterre.
Ce jumelage a eu une conséquence imprévue : Great-Yarmouth possédait un Rotary-club actif, créé en 1925. Or l’un des objectifs du Rotary International est de « Faire progresser la paix et la bonne volonté par le biais de relations amicales entre professionnels unis par l’idéal du Rotary de servir ». Les rotariens anglais ne pouvaient donc que souhaiter favoriser ce jumelage.

Constatant qu’il n’y avait pas encore de club rotarien à Rambouillet, ils en proposèrent donc la création. Et c’est ainsi qu’après une première réunion tenue le 17 juillet 1956 dans une salle de la mairie, le club, fort de ses 22 membres fondateurs, reçut officiellement sa charte le 28 octobre 1956. Pierre Crozier, président fondateur du comité de jumelage assura la première présidence du club (le président d’un club rotarien change chaque année, sur le principe de la rotation, d’où la roue qui symbolise ce mouvement international).
Ainsi les deux clubs poursuivent depuis 1956 leur jumelage en complément de celui des deux villes.
Rambouillet– Kircheim unter Teck
En 1961 le Rotary-club initie un second jumelage, avec la ville allemande de Freudenstadt, une ville de la Forêt Noire. Mais cette même année, cette ville engage de son côté un jumelage avec la ville française de Courbevoie. Si Rambouillet choisit à son tour de se jumeler avec une ville allemande, le club et la cité ne seront donc pas jumelés avec la même ville.
C’est ce qui se passe en 1966 : un comité de jumelage présidé par Charles Godefroy lance l’idée d’un jumelage allemand. Les anciens combattants et prisonniers de guerre de Rambouillet (ACPG) et de Kirchheim (VdH) adhèrent immédiatement à ce projet.

Le 20 mai 1967 la charte de jumelage est signée entre Mme Thome-Patenôtre et Herr Kröing Oberbürger, en présence de M. Mandred Klaiber, ambassadeur d’Allemagne en France.
L’année suivante, la même cérémonie a lieu à Kircheim unter Teck pour finaliser cet accord.
Kircheim unter Teck est à 705km de Rambouillet, au sud-est de Stuttgart, dans le Bade-Wurtemberg. Elle compte alors 37 000 habitants, et Rambouillet 14 000.
La ville a été construite aux pieds d’un château fort aujourd’hui en ruines. La ville conserve un quartier ancien, avec une architecture typique de grandes maisons en pierre et à colombages, divers édifices religieux tels qu’une église gothique, néo-gothique et une synagogue néo-orientaliste, ainsi que d’imposants remparts.
Animé avec passion par Charles Godefroy jusqu’en 1980, et par ses successeurs depuis, le jumelage se développe avec le même succès que celui de Great-Yarmouth : échanges de jeunes, visites alternées, rencontres sportives … Les familles impliquées nouent des relations amicales qui se transmettent aux générations suivantes. « Le moment le plus fort des activités du Comité de jumelage est le Bürgerbus : le week-end de l’Ascension est retenu en général, en alternance, les Allemands viennent à Rambouillet et sont reçus par leurs correspondants et amis, puis l’année suivante les Français se rendent à Kirchheim. Cela dure depuis des décennies ! C’est l’occasion durant 4 jours de vivre un moment convivial extraordinaire, en famille, chez des amis. » (site jumelage.eu)
Citons aussi, à la même époque, le jumelage signé le 18 mai 1968 entre la forêt de Rambouillet, et la Forêt Noire.
Et ensuite ?
Après ces deux jumelages réussis, Rambouillet s’est jumelé successivement avec Waterloo (Belgique) en 1986, avec Zaffra (Espagne) en 2005 et avec Torres Nova (Portugal (2011).
Pourtant bien des villes rencontrent depuis une vingtaine d’années des difficultés pour faire vivre leurs jumelages. Ils souffrent d’une baisse de participation, d’un vieillissement des bénévoles, de budgets municipaux plus serrés; les échanges scolaires sont moins longs, les voyages sont plus faciles avec des trajets low-cost ou des bourses comme Erasmus…
Partir une semaine dans une famille allemande ou anglaise était autrefois une expérience exceptionnelle. Aujourd’hui, les jeunes voyagent plus facilement par eux-mêmes, et il devient plus difficile de les intéresser à ce type d’échange.
Et reconnaissons-le, s’il est assez facile d’organiser un premier séjour, d’en revenir enchanté par l’accueil, charmé par les paysages inconnus, en se promettant d’accueillir l’an prochain nos nouveaux amis avec le même enthousiasme… il est bien plus difficile de maintenir l’intérêt année après année !
Il faut donc sans cesse réinventer le jumelage, varier les activités, intéresser les jeunes, à une époque où les engagements à long terme sont abandonnés au profit de la nouveauté.
Par exemple, pour en renouveler l’intérêt, le Rotary Club, que ses deux clubs contacts visitent une année sur deux, après avoir épuisé toutes les offres touristiques de la région, a organisé des rencontres à Epernay, à Bruges, à Gand… Les anglais les ont reçus à Coventry… Mais tous les participants sont alors logés à l’hôtel, ce qui augmente le coût du jumelage et en change un peu l’esprit.


Rien n’est simple ! C’est pourquoi nos amis Crozier, Mathon, Planté, Cailly, Chaudé, Godefroy, Graal, pour ne citer qu’eux, qui se sont tellement impliqués dans nos jumelages, méritent bien notre reconnaissance. Et avec eux toutes les familles sur qui ils ont pu compter pour accueillir, pour accompagner, pour animer…
Christian Rouet
mai 2026

















Excellent article qui permet de mieux connaître l’origine des jumelages !