La Guéville

les moulins de la Guéville
La Guéville et ses moulins

 » Bonjour!

Je suis la Guéville, la petite rivière, longue de 17 kilomètres, qui traverse une partie de Rambouillet-Territoires, d’Est en ouest.

Je suis là depuis des millions d’années, bien avant l’arrivée des humains. Patiemment, au fil des millénaires j’ai creusé cette vallée dans laquelle les hommes se sont installés à partir du néolithique pour, au fil du temps, modifier mon cours et construire un grand nombre de monuments.

 Aujourd’hui, je prends le nom officiel de Guéville, à la sortie des douves du château de Rambouillet, (NDLR : du Celte gwe = deux, et wil = ruisseau) mais bien avant la construction de celui-ci, c’étaient les rus de la forêt de Rambouillet qui m’alimentaient.

l’ancien château de Rambouiillet

L’homme a brutalement modifié mon cours pour la construction du château de Rambouillet.

C’est en 1368 que Jean Bernier, chevalier, conseiller et maître des requêtes de l’hôtel du roi, prévôt de Paris, achète à Girard de Tournebu un simple manoir qu’il fait transformer en 1374 en un véritable château fortifié et entouré de douves. 

Le château de Rambouillet doit sa renommée à la riche et giboyeuse forêt au cœur de laquelle il fut édifié. François 1er vient souvent à Rambouillet. Selon la tradition, c’est dans la chambre haute de la grosse tour – qui a subsisté jusqu’à nos jours – qu’il meurt le 31 mars 1547, d’une septicémie.

Ancienne forteresse médiévale, le château est peu à peu transformé en demeure de plaisance et agrémenté d’élégants décors par ses illustres propriétaires : la famille d’Angennes, les Toulouse-Penthièvre, Louis XVI, Napoléon Ier ou encore nos présidents de la République.

Le parc de Rambouillet ouvre également à la visite deux monuments exceptionnels : la Laiterie de la Reine Marie-Antoinette et la Chaumière aux coquillages. Elles ont toutes deux  été aménagées sur mes berges, au XVIIIème, au cœur des 150 hectares de jardins historiques, classés aujourd’hui, « Jardins Remarquables ».

Une fois échappée des douves, je flâne dans le parc du château de Rambouillet. Ma rencontre avec la commune de Gazeran (NDLR : an= ruisseau, er= le long, gaz= prairie), est brutale puisque mon cours a été canalisé pour la construction de la station d’épuration. Il paraît qu’avec la nouvelle station je vais retrouver mon ancien lit. Attendons !

ch$teau de Guéville
le château de Guéville

Sortie de cette prison de béton, je peux enfin reprendre mon cours normal, dans ma vallée, entourée de collines. Sur l’une d’elle vous pouvez admirer une magnifique construction qui porte mon nom.

Construit à la fin du XIXème siècle pour le président Sadi Carnot, le château de Guéville est édifié en briques et pierres, enduit et moellons. Elévation ordonnancée surmontée d’un toit à longs pans et croupe, recouverts d’ardoise.

Je quitte à regret ce magnifique paysage pour me diriger vers le centre de Gazeran. Maintenant, je croise un chemin. C’est ici que se trouvait le « moulin de l’étang », aujourd’hui disparu. Au cours des siècles passés, de nombreux moulins ont été ainsi édifiés tout le long de mon lit et ont disparu depuis.

L’église et le château de Gazeran

J’arrive enfin vers le centre du village et, nouvel émerveillement : en haut d’une autre colline apparaît un château, très ancien celui-là.

C’est la forteresse de Gazeran, bâtie sur une double enceinte en terrasse irrégulière flanquée çà et là de tours défensives. Du château fort, il ne reste plus actuellement que quelques éléments de courtine et une tour-porte carrée à herse et vantaux datant du XIIème siècle, située dans l’actuelle rue de l’église.

le calvaire de Gazeran

Devant l’entrée du château, un calvaire porte cette inscription : « 1691. Au nom de Jésus, prie pour les trépassés ». Il évoque les morts nombreux (famine ? épidémie ? guerre?) en ces années difficiles de la fin du XVIIème siècle .

En bas de la côte de l’église, je passe sous un petit pont de pierre et sur ma rive gauche se dresse l’église de Gazeran dédiée à Saint Germain l’Auxerrois. Elle est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques et des sites depuis le 19 Octobre 1965.

L’église de Gazeran est une construction qui semble remonter aux dernières années du XIème siècle. Le portail en voûte surbaissé ainsi que la nef collatérale gauche, ajoutée à la nef principale, unique à l’origine, sont des travaux du XIème et du XVIème siècle. Le clocher du XIIIème siècle, situé au sud de la nef, est flanqué de contreforts et d’une tour-escalier. Il se couvre d’un toit en double bâtière (double pente). (lire cet article)

le Castel de Gazeran
le Castel de Gazeran

Juste derrière l’église apparaît le Castel, une grande demeure du XIXème siècle. En 1964 s’ouvrait dans cet édifice un centre médico-éducatif qui accueille une soixantaine de jeunes. A côté du Castel vous pouvez apercevoir un colombier, datant du XVème siècle.
Difficile pour moi de quitter le centre historique du village. Il doit être préservé et cette charge incombe à tous les habitants de Gazeran..

Moi, je continue de m’écouler paisiblement vers la Garenne. Cet espace vert, où, là encore, l’homme a dévié mon cours, constitue un lieu de promenade pour tous. C’est un endroit boisé qui doit apporter le bonheur car au joli mois de mai vous y trouvez de beaux brins de muguet.

Je traverse ce bois qui me procure ombre et fraîcheur. Je passe sous la route du « moulin de Reculé » où se trouvait, jadis également les moulins du « grand et du petit Voisins », eux aussi disparus aujourd’hui.

le château de Voisins
le château de Voisins

Je viens alimenter de mes eaux l’immense étang du domaine de Voisins. Là, vivent un grand nombre d’animaux, poissons, insectes, amphibiens, canards, poules d’eau, foulques, hérons, preuves vivantes d’une grande biodiversité d’exception. J’y retrouve aussi les oies bernaches qui partagent leur temps entre les douves du château de Rambouillet et cet étang.
Le château de Voisins a été élevé de 1903 à 1906 par l’architecte René Sergent pour un riche banquier parisien, le comte Edmond de Fels, prince de Heffingen. Derrière ses allures de pastiche du XVIIIème siècle, le château, qui ne comporte pas moins de 47 pièces, est un édifice doté de tout le confort moderne : chauffage central, monte-charge, etc. Les jardins sont aménagés de 1906 à 1929 par l’architecte paysagiste Achille Duchêne. (lire cet article)

J’abandonne le château pour me diriger vers le centre de Saint Hilarion.

Avant d’atteindre celui-ci, j’aurais dû rencontrer le « moulin de Rossay », construit au XIIIème siècle. Mais devenus inutiles, les moulins de Voisins et de Rossay ont disparu depuis bien longtemps.

l'église de Saint-Hilarion
l’église de Saint-Hilarion

Dans le centre du village de Saint Hilarion, je contourne l’étang artificiel de 8 000 m2 creusé en 1936. Je peux alors apercevoir l’église dédiée à saint Hilarion, édifiée au xve siècle à côté de la chapelle du XIIème dédiée à la Vierge.

Je quitte le village. Je devrais croiser le « moulin de Saint-Hilarion » mais lui aussi a été détruit. Je rentre alors dans une grande propriété qui était il y a peu le siège d’une maison de production cinématographique, fondée et dirigée par le cinéaste Yves Robert et son épouse, l’actrice Danièle Delorme.

l’équipe de La guerre des boutons (Yves Robert au centre gauche, avec sa pipe et son bérêt)
l’équipe de La guerre des boutons (Yves Robert au centre gauche, avec sa pipe et son béret)

La maison de production « la Guéville » a remporté des succès dès sa création avec «La Guerre des boutons»(1962), tournée dans la région,  ou «Alexandre le Bienheureux »(1968).

Je poursuis tranquillement mon cours à la recherche des anciens moulins: « le Moulin-Neuf », transformé en moulin à tan en 1580, et redevenu moulin à blé en 1750; puis ceux de « Hameil » et de « Séry ». Ces deux derniers datent du XIIIème siècle; ils appartenaient à Marie de Luxembourg.

Mes eaux vont ensuite couler tranquillement jusqu’à Droue-sur-Drouette, un peu en aval d’Epernon où elles se mêleront à celles d’une amie : la Drouette.

Ensemble nous rejoindrons l’Eure à Villiers-le-Morhier, et enfin la Seine. »

La Guéville s’est confiée à René Fischer, membre du CA de la PARR (Patrimoine et avenir de Rambouillet et de sa région)
5 janvier 2022

Annexe

J’ai trouvé dans le journal « Le Matin » du 17 octobre 1928, un article qui montre combien la Guéville aurait pu se montrer plus rancunière dans ses propos.
Autrefois, en effet, il était possible de venir en barque jusqu’au château, mais aujourd’hui elle n’a plus que 30 à 40cm de profondeur, au lieu de 1,50m en raison de siècles d’envasement.

Je vous en donne ici le texte intégral de cet article.

le curage des rivières de Rambouillet

« Le curage des rivières est, suivant les cas, effectué tous les ans, ou moins souvent, à des époques fixées par arrêtés préfectoraux.
A ce point de vue chaque cours d’eau a un régime particulier. (…) L’Etat, propriétaire d’un certain nombre de domaines, est naturellement tenu de se soumettre aux règlements qui régissent les simples citoyens. Malheureusement il n’en fait rien et procède au curage des rivières qui lui appartiennent quand bon lui semble, et quelquefois jamais.

Je vais ici en citer un exemple typique. Il ne s’agit rien moins que du cours d’eau qui traverse le parc de Rambouillet, où, chacun sait, le président de la République villégiature chaque année.
Par cet exemple, on pourra juger de ce qui se passe dans les autres domaines de l’Etat.

Donc, dans le parc de Rambouillet prend naissance une petite rivière : la Guéville.

Les architectes des jardins l’ont transformée en une série de pièces d’eau : le Rondeau, les canaux et les rivières anglaises.
Suivant les prescriptions d’une ordonnance du 29 juin 1847, modifiée par un décret du 12 novembre 1868, les bras, sources et affluents de la Guéville doivent être curés chaque année du 15 avril au 30 septembre.

Chaque année, vous entendez bien ! Or, de mémoire de Rambolitain, personne n’a jamais vu effectuer dans le parc un semblable travail.

Naturellement les boues se sont accumulées dans ces pièces d’eau prétendues d’agrément et le résultat est lamentable.
La vase affleure en maints endroits. Durant l’été elle fermente et dégage des odeurs nauséabondes qui empoisonnent tout le voisinage.
En outre, à chaque orage, les eaux ne peuvent s’écouler et refluent dans les rues de Rambouillet, dont les habitants, fort mécontents, protestent.

Ce que vous nous racontez là, me direz-vous, est à peine croyable. Quoi ! Est-ce réellement ainsi qu’est entretenue la résidence du chef de l’Etat ?

C’est à peine croyable, mais cela est . Les touristes, parmi lesquels de nombreux étrangers, peuvent à peine en croire leurs yeux, mais ils sont obligés d’en croire leur nez.
Je me suis laissé dire que le président, malgré son amabilité coutumière, avait maintes fois manifesté son mécontentement.

Vous vous doutez bien que si le chef de l’Etat lui-même n’a pu obtenir satisfaction, c’est qu’il s’est heuré à l’une des administrations dont la force principale est la force d’inertie.
Le domaine de Rambouillet est administré à la fois par les beaux-arts et par les eaux et forêts.

Par suite d’une de ces attributions saugrenues, dont les bureaux ont le secret, les pièces d’eau et la Guéville dépendent des beaux-arts.

« Curer les pièces d’eau, hé oui ! sans doute. Mais il faudrait beaucoup d’argent. Vous n’y pensez pas. Songez qu’en 1919, nous avons déjà dépensé des sommes énormes pour faire établir un égout. Comment peut-on dire que nous ne faisons rien ? »

En effet, avant 1919, un collecteur de la ville se jetait dans le Rondeau. Après s’être défendue comme un diable, l’administration des beaux-arts consentit à construire un émissaire reportant les eaux usées un peu plus loin, dans les rivières anglaises.
Malheureusement, elle ne se soucia pas plus de faire curer cet égout que de faire enlever les boues des bassins, et les inondations reprirent comme devant.
Les protestations des habitants de Rambouillet ont été vives, l’administration départementale est intervenue, et enfin le nettoyage de l’égout vient d’être décidé, en principe tout au moins.

« On verra après » ont gémi les dirigeants des beaux-arts. Pourtant ils ont consenti à parler comme d’une chose possible du curage du Rondeau.
« Que voulez-vous ? concluent-ils, nous n’avons pas d’argent. »

Pardon, messieurs, le nettoyage des rivières est régi par des prescriptions légales qui, mon Dieu, sont valables même pour vous !

Et en dehors de cela, n’y a-t-il pas une question de dignité nationale? Sommes-nous si pauvres que nous ne puissions donner au chef de l’Etat français une résidence propre et décente ?
Demandez au Parlement les crédits nécessaires, et faites, au plus tôt, disparaître les vases et les boues malodorantes qui déshonorent le parc de Rambouillet. »

L’article était signé de Jean d’Orsay

Toutes ressemblances avec des situations plus récentes nées de partages de responsabilités entre Ministères ne sauraient être que des coïncidences et seuls des esprits critiques pourraient se plaire à les relever !

Christian Rouet
5 janvier 2022

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