Le Pavillon de Pourras

l’emplacement du pavillon

« Entre les deux étangs de St-Hubert et de Pouras, à une cinquantaine de mètres dans le prolongement de la chaussée qui les sépare et dans le lot de chasse dit de Pouras, se dressent les ruines du rendez-vous de chasse édifié par Napoléon 1er. On y accède ou par la Méroterie, au delà de l’ancien château de Saint-Hubert, en prenant la chaussée des étangs, ou bien à travers le lot de chasse de Pouras. En allant du Perray à l’étang de Saint-Hubert, on prend avant d’arriver à l’étang une route de forêt à gauche. »

Rien n’a changé dans ce circuit proposé par le Progrès de Rambouillet le 18 août 1906, sinon que nous mettons aujourd’hui deux R à Pourras.

Et si les efforts de la SARRAF ont permis de ralentir les effets du temps, il n’y a probablement aucun espoir de voir un jour ces ruines redevenir le pavillon voulu par Napoléon.

Mais que cette promenade est belle !

Le site

Lorsque Louvois fait creuser les étangs de Pourras, pour drainer 204 hectares et alimenter en eau les jardins de Versailles (lire l’article) la ferme du Petit-Port-Royal qu’exploitait depuis 1243 l’abbaye de Port-Royal-des-Champs devient inondable et elle est privée de ses meilleures terres.

Louis XIV est donc obligé de dédommager l’Abbaye, et le site devient domaine royal. Toutefois le bois de Pourras, sur la rive sud de l’étang reste propriété de l’abbaye jusqu’à la Révolution, et une nouvelle ferme y sera exploitée jusqu’en 1970.

Les étangs actuels de Saint-Hubert et de Pourras ne forment alors qu’une seule étendue d’eau.

Louis XV apprécie le site où il vient souvent chasser à courre. En 1755 il confie à l’architecte Ange-Jacques Gabriel la construction d’un petit relais de chasse sur la rive nord de l’étang, pour éviter d’avoir à profiter trop souvent de l’hospitalité de son cousin le duc de Penthièvre.

Très vite le projet est modifié, et c’est un véritable château qui est construit, avec une terrasse donnant sur l’étang de Saint-Hubert. (Un article lui sera consacré).

Louis XVI partage l’intérêt de son père pour ce site, mais trouvant le château trop petit il préfère acheter celui de Rambouillet. Le château de Saint-Hubert est alors laissé à l’abandon et finalement détruit. Seule subsiste aujourd’hui la terrasse, encore visible au bord de l’étang.

C’est Louis XVI qui fait construire la chaussée qui sépare maintenant les étangs de Pourras et de Saint-Hubert, pour que son équipage puisse traverser facilement l’étang en cet endroit.

En 1789 il est remarqué que

« entourée d’eau de deux côtés, au premier abord elle (la chaussée) est effrayante pour passer dessus avec des chevaux, quoique ayant 30 pieds de large. Il faut construire une barrière de haies vives pour éviter les dangers qui pourraient survenir pendant les chasses de Sa Majesté, comme déjà les Veneurs ont demandé il y a quatre ans des barrières sur la grande chaussée de l’étang de la Tour. »

Des haies vives sont plantées, qui existent toujours, et limitent la vue sur l’étang de Pourras.

C’est ici que Louis XVI vient chasser pour la dernière fois avant son emprisonnement au Temple. Deux énormes cerfs se réfugient dans les joncs, et échappent aux chiens. Le roi est obligé d’abandonner la chasse à 19H. On ne les débusque que deux heures après le départ du roi.

Le pavillon de l’Empereur

le pont Napoléon
le Pont Napoléon et l’étang Saint-Hubert

A son tour Napoléon 1er s’éprend de la région. Il fait remettre en état la chaussée de Louis XVI qui a souffert de l’humidité et de l’absence d’entretien. Elle devient alors Pont Napoléon.

Il est gravé dans le parapet que « par la magnificence de Napoléon Premier, empereur des Français, la chaussée a été réparée  à l’utilité publique »

On voit à l’arrière plan de cette photo la terrasse du château de Saint-Hubert

Aujourd’hui, sur ce même muret, une seconde inscription rappelle la restauration financée par la SARRAF en 1967 : nous l’évoquerons plus loin.

Napoléon ne souhaite pas remettre en état le château de Saint-Hubert, déjà trop abimé. Il commande à l’architecte Famin un petit pavillon de chasse, dans le prolongement de la chaussée.

En 1806, un budget de 12 000 francs est alloué à Famin, et quarante ouvriers travaillent durant quatre mois pour réaliser le gros oeuvre de cette petite construction, réalisée dans un style néo-classique.

Orienté sud-nord, le pavillon comprend (description de P. de Janti à partir du mémoire de l’entrepreneur versaillais Boichard Frères, cité par la SARRAF) :

  • une antichambre, avec sa porte vitrée à double battants, vingt-quatre vitres avec filets verts et noirs; une cheminée de marbre noir, un dallage de pierres noires et jaunes, et un petit grenier au dessus,
  • un salon en enfilade, avec porte vitrée, même dallage, une très belle cheminée de marbre blanc sculpté, portes timbrées de six N dorés sur les battants (dont une fausse porte sur un placard), neuf têtes de cerfs avec bois, grandeur nature, au poitrail orné de branches de chêne, six fenêtres à six vitres.une grande ouverture sur chacune des façades,
  • côté ouest, un petit salon, ou cabinet réservé à l’empereur. Cheminée de granit, une fenêtre, même dallage,
  • côté Est : une pièce à usage de garde-robe, avec une fenêtre, même dallage et des murs peints en vert,
  • et le réchauffoir, avec son fourneau à cinq grilles, une fenêtre, et un dallage en carreaux de terre.

L’empereur apprécia-t-il le travail de Famin ? En fait, on sait seulement que Napoléon assista à une chasse qui se termina devant le pavillon, le 12 mars 1809 : il le vit donc terminé extérieurement, mais n’y entra pas, faute de temps, ou peut-être parce que l’intérieur était encore en travaux.

De même la question est posée en juillet 1810, de savoir si l’on y disposerait une table de 36 couverts dans le salon, et une autre de 12 dans le cabinet, ou si l’on dresserait une tente pour la suite de l’empereur, afin que celui-ci puisse déjeuner seul dans le salon. Rien ne dit si cette réception eut finalement lieu avec l’Empereur, mais le Pavillon était donc probablement utilisé à cette date. 

Peut-être en est-il du Pavillon de l’Empereur comme de la Laiterie de la Reine: un monument qui conserve le nom de celui pour qui il a été construit, sans que jamais il n’y soit venu ?

Le pavillon de Pourras après l’Empereur

Sous la Restauration le pavillon est utilisé à l’occasion de chasses à courre, ou de tirs d’eau sur l’étang. Les ducs d’Angoulême et de Berry sont des habitués du lieu. Mais cet engouement est de courte durée.

En 1830 , Charles X ayant souhaité un grand tiré d’eau, on fait venir des canards de Péronne, car la faune locale n’est pas assez importante. En 1860 l’opération est renouvelée pour Napoléon III mais elle tourne au fiasco. En fait, dès 1840 le pavillon menace déjà de tomber en ruines, sa toiture est effondrée, les vitres brisées. Il est question de le transformer en maison forestière, mais finalement le pavillon reste à l’abandon.

En 1875 le pavillon « en ruines » est mentionné dans le journal local, parce qu’un cerf vient s’y réfugier pour tenter vainement d’échapper à la meute.

En 1906, l’article que j’ai cité en introduction le décrit ainsi :

« Les murs de cet édifice existent encore et donnent une idée très nette de ce que fut ce petit monument mais il est dans un tel état d’abandon, tellement envahi par les branches des arbustes qui y poussent, qu’il est presque devenu inaccessible.

Il faudrait cependant peu de chose, un travail presque insignifiant, peu de dépenses pour conserver ce curieux édifice qui rappelle toute une époque; quelques élagages suffiraient à sauver de la ruine et de l’abandon ce rendez-vous de chasse. »

Il faudra plus de soixante ans pour que cet appel soit entendu et que le travail nécessaire… qui n’est plus tout à fait aussi « insignifiant » que signalé en 1906 soit effectué.

plaque commémorative des travaux de la SARRAF sur le site du Pourras
sur le pont Napoléon

La SARRAF, avec l’ONF et les communes limitrophes entreprennent en 1967 une première rénovation du site. 700 scouts des Yvelines, encadrés par des professionnels, sacrifient leurs vacances de Pâques, et fournissent plus de 10 000 heures de travail bénévole pour débroussailler le site et remblayer 1500 mètres de chaussée.
La plaque que j’ai mentionnée plus haut rappelle ce premier sauvetage.

Naturellement l’absence de toiture, les intempéries, le vandalisme dans un lieu impossible à surveiller… toute ceci entraîne en 1987 une nouvelle intervention, sous l’égide de la SARRAF.

Il faut intervenir à nouveau en 1998. Une autre intervention aurait dû avoir lieu en 2015, financée partiellement par une subvention départementale. Mais le financement complémentaire ne peut finalement pas être trouvé.

Il n’a, naturellement, jamais été imaginé de reconstruire le pavillon de Pourras, comme il l’était lors de sa construction, mais seulement d’assurer la protection du site pour que ses ruines ne soient pas un danger pour les promeneurs, en les consolidant suivant une étude réalisée par L. Pouyes, architecte du Patrimoine. 

Aujourd’hui votre promenade vous fera découvrir le pavillon, visible de loin dans le prolongement de la chaussée. Il donne  l’impression qu’il s’agit d’un arc de triomphe plutôt que d’une construction, puisque la vue porte à travers lui vers la plaine.

le pavillon de Pourras, depuis le Pont Napoléon

En approchant, et en faisant le tour du pavillon par le sentier qui le longe sur son côté Est, vous verrez que si les deux frontons sont en relatif bon état, les pièces latérales n’existent plus, et les murs Est et surtout Ouest du corps principal sont en ruines. 

Quel est l’avenir de ce petit monument ?

La SARRAF poursuit le nettoyage régulier du site pour en éviter l’invasion et l’humidité, mais le temps ne travaillant pas pour lui, sachons profiter aujourd’hui de ce site, par exemple en faisant à pied le tour complet de l’étang de Pourras : on le traverse une première fois par le Pont Napoléon, et au retour par le « chemin de la canardière » qui le sépare de l’étang de Corbet.

Christian Rouet
juin 2022.

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