Les château des Mesnuls
Vous quittez le village des Mesnuls, en direction de Rambouillet, laissant le restaurant de la Toque Blanche, à votre droite, et l’église à votre gauche. Une belle allée pavée, bordée de tilleuls conduit votre regard vers une poterne à deux tourelles, accessible par un pont qui franchit des douves.

Le contraste n’en est que plus saisissant lorsque, passé le tournant, la route longe la cour d’honneur d’un petit château, avec son bâtiment principal de style Renaissance, et ses deux ailes basses en retour d’équerre.
Bienvenue au château des Mesnuls.
Son histoire
La commune est connue sous le nom de Mesnil, les Mesnils, les Menuls (sur la carte de Cassini) avant de devenir les Mesnuls. Mesnil est une toponymie répandue : elle vient du latin mansio : maison, du bas-latin mansionile, et du français médiéval maisnil, mesnil : maison avec terrain.
La voie romaine qui reliait Chartres à Beauvais passait dans le hameau de la Millière, sur le territoire de la commune, et les ruines d’une villa gallo-romaine y ont été découvertes à côté de la propriété dont Arthus Bertrand a décidé de faire un sanctuaire de la biodiversité.
L’histoire du château est bien documentée. Même cette carte postale tient à nous rappeler ses (premiers) principaux propriétaires!
Pour ma part, j’en ai compté vingt, plus un candidat malheureux qui n’est pas le moins intéressant ! Je vais cependant me limiter à ceux qui ont modifié d’une façon ou d’une autre le domaine.
En 1230, un premier manoir est construit par Ernaut des Mesnuls, vassal du comte de Montfort.
En 1540, Christophe de Refuge, désigné comme « l’un des cent gentilshommes de la maison du roi (Henri II) » construit, à l’emplacement du premier manoir, un bâtiment à deux niveaux, avec une aile basse, des douves et la poterne à deux tourelles qui existe toujours.
En 1575, Robert de Combault, gentilhomme de la chambre du roi Henri III, acquiert le domaine et l’agrandit. Il entreprend la construction de la partie gauche du bâtiment central, avec son appareillage de briques.
A sa mort, c’est Benigne Bernard, secrétaire d’Henri IV, qui achète le château en 1606. On lui doit la partie droite du bâtiment central, dans le style Louis XIII, avec ses briques horizontales.
Un cousin, Achille Courtin qui en hérite en 1637 obtient l’érection de la seigneurie des Mesnuls en comté.

En 1731, sa petite fille apporte le château en dot lors de son mariage avec l’illustre Claude de Villars, propriétaire du château de Vaux-le-Vicomte, qui a succédé à Turenne au poste de maréchal général des camps et armées du roi Louis XV. Elle a 29 ans de moins que lui.
Chasseur passionné il dote le château de la « trouée de Villars » qui lui donne une perspective dégagée vers la forêt, sur le modèle du Tapis Vert de Rambouillet. A l’époque, la route de Rambouillet à Montfort fait le tour du parc, sans le couper au ras du château comme c’est le cas aujourd’hui.
Durant la première moitié de XVIIIème siècle ses propriétaires successifs dotent le château de ses deux ailes basses, qui encadrent, avec le bâtiment central, la cour d’honneur.
Le château a désormais son aspect actuel.
En 1795, le financier Jean-Adrien Le Roy de Camilly fait installer devant le château la grille en fer forgé qui y est encore. Elle provient de la démolition du château de Saint-Hubert. C’est également lui qui fait planter en 1792 l’allée des tilleuls qui conduit à la poterne du château.
Elle sera plus tard donnée à l’Etat dans le cadre d’un accord passé avec le Ministère de la Culture.
L’air des Mesnuls doit être particulièrement sain, car son arrière-petit-neveu, Adrien Jean-Baptiste Le Roy, décède au château … à 106 ans.
Le Home-Lux
Mis en vente sans succès en 1892, puis en 1909, le domaine trouve un acquéreur potentiel en la personne d’un médecin du Nord, le docteur
Thiroux, qui propose en 1910 un projet d’une grande originalité pour l’époque : « le Home-Lux, synthèse de la vie de château et de grand Hôtel Sélect ».
Il s’agit, d’après son promoteur d’une « organisation essentiellement moderne, de conception absolument nouvelle, devant permettre à un certain nombre de personnes, de même classe, la vie en commun, sans aliénation de leur liberté individuelle et cela, dans des conditions de confort, de luxe et de protection qu’elles ne pourraient se procurer au moyen des mêmes revenus, si elles restaient isolées ».
Le château aurait été conservé comme annexe, tandis qu’un grand hôtel aurait été construit au centre des parterres, entouré de quatre ailes offrant 104 pavillons individuels, chacun équipé avec tout le confort requis à cette époque, et disposant en étage d’un balcon avec vue sur un petit jardin privé. Ses clients auraient payé un loyer mensuel, complété par des options facultatives comme la prise de repas dans le restaurant du château, les activités de chasse à courre, pêche ou autres distractions, ou pour des soins médicaux en cas de besoin.
Le projet fait l’objet d’une campagne publicitaire intense. Le docteur Thiroux se ruine pour proposer dans tous les journaux de l’époque ce concept qui propose aux occupants du château de concilier « tous les avantages du séjour indépendant et confortable de la villa individuelle à la campagne, comme « Home » ; de la vie de château, par ses distractions, et de la vie de grand hôtel select, par la suppression de tout souci d’administration intérieure et des ennuis d’une domesticité de nos jours parfois trop exigeante, — sans compter qu’on y sera à l’abri des cambriolages et des assassinats».
Confort, sécurité et entre-soi : ce concept vous semble d’actualité ? Il l’est aujourd’hui, et ses arguments de commercialisation pourraient être repris en l’état pour promouvoir de nombreuses réalisation actuelles.
Mais nous sommes… en 1910 !
Le projet fait long feu. L’achat du domaine et les constructions projetées sont annulés faute de clients.
Le 1er janvier 1949, l’auteur d’une étude intitulée « Projet collectif anticipé » s’interroge quarante ans après : « cette anticipation demeura sans lendemain. Peut-être aboutirait-elle aujourd’hui, si les dépenses de construction la rendaient rentable, alors que tant de palaces restent clos en raison des charges d’exploitation ». Il ne prévoyait pas le vieillissement de la population et les perspectives qu’il offre aujourd’hui dans ce domaine !
De nouveaux acquéreurs
Remis en vente en 1924, le château est finalement acheté par Jean Chrissoveloni, un banquier roumain d’origine grecque dont la banque a réussi un développement international.
Il réalise d’importants travaux pour rendre le château plus agréable à vivre, et notamment il y installe l’escalier d’honneur du XVIIème siècle, récupéré lors de la démolition du château de Courcelles-au-Maine, ainsi que trois plafonds à solives peintes pour les pièces principales.
Le parc est agrémenté de statues et un escalier extérieur longe toute la façade nord pour permettre d’admirer les pelouses et les pièces d’eau, alimentées par la Guyonne qui prend sa source en limite du domaine.
Entre 1924 et 1926, les Chrissovelini, qui reçoivent beaucoup aux Mesnuls, agrémentent encore le parc en y apportant une partie d’un cloître roman du XIIème siècle, devenu bien national sous la Révolution, et en le complétant sur place.
Il s’agit du cloître de l’abbaye Saint-Genis- des-Fontaines (Pyrénées-Orientales).
En 1982 l’Etat a racheté les éléments historiques de ce cloître, pour les rendre à Saint-Genis des Fontaines, où l’ensemble ainsi reconstitué est classé maintenant monument historique.

Parmi les habitués du château figure alors le diplomate et écrivain Paul Morand, beau-frère de Jean Chrissovelini, qui écrit aux Mesnuls son roman « Champions du monde ».
A la Libération, lorsque l’amiral Döenitz, commandant en chef de la Kriegsmarine qui occupait le château, le libère, la famille Chrissovelini le loue à la Baronne Mallet, pour un projet humanitaire.
« L’oeuvre en faveur des enfants mutilés victimes de la guerre » ouvre alors deux centres, l’un à Villepatour (près de Tournan-en-Brie ), géré encore aujourd’hui par la Croix-Rouge, et l’autre aux Mesnuls, financé sur les fonds privés apportés par la baronne Mallet (5 millions pour la seule remise en état du château, sans compter le financement de son fonctionnement !).
Le centre est équipé pour recevoir 100 jeunes de 12 à 18 ans. Ils y apprennent les métiers de cordonnerie-botterie, d’horlogerie, de photographie, de menuiserie, d’aviculture et de jardinage.

En 1978, la Fondation Mallet transfère son centre au château de Richebourg. Le domaine reste inoccupé pendant près de 10 ans. Son manque d’entretien inquiète.
On évoque un projet culturel : une aile du château recevrait un musée archéologique, les chercheurs qui viendraient y travailler pourraient être hébergés sur place, et des locaux seraient proposés à des artisans… Mais faute de financement le projet est abandonné.
En 1987 une solution est enfin trouvée : le groupe Thomson-CSF achète le château, finance sa restauration complète pour lui rendre son état d’origine, et en fait l’un de ses centres de séminaires internes.
Enfin, dernière étape (jusqu’à présent !) : en 2007, la société Châteauform en fait l’un des 69 centres de séminaires, qu’elle gère en Europe.
« A l’image de sa silhouette royale, le château des Mesnuls vous accueille dans un décor digne des romans de cape et d’épée, à 40 minutes de Paris.
Les 13 salles de réunion toutes équipées se modulent à votre guise, de 2 à 120 participants ! »
(tiré du site de Chateauform.com)
Christian Rouet
mars 2026


















