Les tombes de carriers du cimetière de Maincourt-sur-Yvette

Ne cherchez plus Maincourt-sur-Yvette dans la liste des communes de France : ce charmant petit hameau situé au cœur de la forêt de Saint-Benoit, à mi-distance entre Dampierre-en-Yvelines et  Lévis-Saint-Nom, s’est associé et a fusionné le 14 juin 1974 avec la commune de Dampierre, pour former avec elle la commune de Dampierre-en-Yvelines.

l'église-mairie de MaincourtMaincourt dispose pourtant d’une mairie digne d’être mentionnée.

En effet, depuis 1890, y sont regroupés sous le même toit la mairie, et l’église Saint-Germain-de-Paris, qui communiquent de façon directe, et ne sont séparées que par un simple mur. Toutes deux sont encore en activité (la mairie sous forme d’annexe).

Sans être unique ce genre de cohabitation est extrêmement rare.

Un historien du canton évoque à son sujet « un des plus chétifs monuments du canton ».

Ce petit hameau est également connu des randonneurs, parce que  le GR 11 passe par son lavoir, au bord de l’Yvette, et sa branche GR 1C conduit au village. Une plaque indique qu’un premier lavoir aurait été construit en 1208, grâce à la générosité du seigneur Guy de Lévis, mais le bâtiment actuel est plus vraisemblablement du XIXème siècle.

Cependant si je vous parle aujourd’hui de Maincourt c’est pour vous emmener dans son petit cimetière. Ne demandez pas la route à votre GPS : il vous conduira probablement à celui de Dampierre.

Venant de Dampierre il vous faut laisser la mairie-église, à votre droite, et prendre à gauche le premier chemin dit « de Champ Romery ». On peut le prendre en voiture et accéder ainsi à ce petit cimetière, clos de murs, au milieu des bois.

Il s’agit en fait du second cimetière de Maincourt, créé là en 1867, le premier, qui entourait l’église, s’étant avéré alors trop petit, et la commune ayant souhaité récupérer son terrain central utile à son développement.

Qu’a-t-il de remarquable ?  Ses tombes de carriers.

Les carrières

Elles ont été nombreuses dans toute la région.

Un article vous a présenté la Carrière des Maréchaux, l’une des plus importantes carrières de grès exploitée par la ville de Paris de 1879 à 1930 à Senlisse. Toutefois, il en existait bien d’autres dans la région, généralement exploitées à ciel ouvert.
Il existait également des carrières souterraines d’extraction de la marne, alors utilisée comme engrais pour les champs.
A Maincourt même, il existait une carrière de grès et de pierres meulières à ciel ouvert au lieu-dit « Le bois de Maincourt » qui semble avoir été exploitée depuis le Moyen Age, et qui aurait servi notamment à la construction de l’église de Villedieu, du clocher de l’église de Lévis-Saint-Nom ainsi que de l’abbaye Notre-Dame de la Roche.
En 1861 une carrière a été ouverte à la Haie Châtaigners, et en 1863 une seconde dans le bois de Lavagot, toutes deux sur la commune de Maincourt. Certaines sont restées exploitées jusqu’en 1954.

Le développement de ces carrières était tellement important que l’on fit appel à des ouvriers étrangers à la région. Ce furent d’abord des carriers bretons qui assurèrent l’extraction de la pierre. À Senlisse, ils créèrent, sur le plateau, un véritable quartier nommé « la Petite Bretagne ». Puis des ouvriers italiens, majoritairement piémontais, les rejoignirent. Certains ne restèrent que quelques mois, mais d’autres s’installèrent et y fondèrent des familles.

Les tombes

Les carriers, même d’origine différente, constituaient une communauté professionnelle unie, avec ses règles et ses habitudes.

Des sépultures non confessionnelles sont regroupées au fond du cimetière. Il s’agit de monolithes de grès, gravés d’inscriptions qui deviennent aujourd’hui de plus en plus difficiles à lire.(cliquez pour agrandir la galerie)

Ce sont malheureusement les trois seules tombes de ce type, visibles dans ce cimetière. Sans doute celles d’un retraité et de deux carriers morts au travail.

L’utilisation du grès, le parti-pris d’utiliser des blocs non taillés, la volonté de permettre à ces carriers de rester groupés après leur mort, comme les épitaphes gravées sont des éléments émouvants qu’il serait regrettable de laisser disparaître.

Avant que le temps n’achève de rendre leurs textes illisibles, ou pire encore, je vous invite vivement à profiter des beaux (?) jours pour effectuer cette petite promenade, sur la route du fantastique chantier du château de Dampierre !

 

Christian Rouet

Cet article a 2 commentaires

  1. gerard claisse

    Apres le Sentier des Maréchaux découverte ,cet après midi ,de ce sympathique petit village et de son cimetière
    abritant les tombes émouvantes de trois carriers. L’ église-mairie et son drapeau tricolore est à voir.
    Merci à Christian Rouet pour cette idée de promenade.

  2. Eric Thibaut

    L’église-mairie m’épate. Le cimetière est forcément un lieu de souvenir, et il serait effectivement dommage de laisser disparaître ces témoignages du passé. Merci, monsieur Rouet, pour ces petits paragraphes d’histoire locale.

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