Une pagode chinoise à Rambouillet

Le 1er février 2021 Mme Tchen Gi-Vane est décédée à l’âge de 97 ans.

C’était une personnalité rambolitaine, et une grande dame qui a vécu pour ses passions : la musique et la culture d’un pays qu’elle a été obligée de fuir, et dont elle a combattu toute sa vie le régime politique, mais qu’elle n’a jamais cessé d’aimer.
Son époux et leurs deux enfants vont devoir maintenant prendre des décisions quant à l’avenir de la pagode de Rambouillet.

Bernard Delattre qui l’a particulièrement bien connue, et qui a écrit un livre sur elle avait écrit cet article, publié ici quelques mois avant son décès.

Christian Rouet

Mme Tchen Gi-Vane

Au coeur de Rambouillet, au n°3 de la rue Pasteur (en face du commissariat), existe une vraie enclave de la culture chinoise traditionnelle. 

L’artiste Tchen Gi-Vane (pianiste, peintre, poète), adepte du Taoïsme, a fui le régime de Mao et s’est installée à cette adresse à Rambouillet avec son mari Philippe Bertrand, d’origine auvergnate et ancien officier de marine pendant la guerre d’Indochine.

Tous deux,  passionnés  de la philosophie et de la culture traditionnelles chinoises, ont fait construire là en 1976 la magnifique Pagode Wan You Lou.

la pagode de Rambouillet
vue aérienne : la pagode de Rambouillet

Cette réalisation étonnante, qui ne choquerait personne en Chine, au Japon ou au Vietnam, n’est pas visible de la rue. Pour l’admirer il faut entrer chez les Tchen-Bertrand,  aller derrière la maison de style francilien et traverser le jardin.

En effet, nous ne sommes pas très loin du château de Rambouillet et pour que cette construction de type asiatique ait pu être autorisée, avec l’aide de Jacqueline Thome-Patenôtre, alors maire de Rambouillet, il était exigé qu’elle ne fût pas visible de la rue, dans le cadre des règles de protection du Patrimoine.

Un lieu de rencontres culturelles :

Tchen Gi-Vane a été une grande pianiste : elle a joué à Pékin, Hong Kong, Taïwan et salle Gaveau à Paris notamment. Elle et son mari Philippe ont voulu que cette Pagode soit avant tout un auditorium de musiques chinoises traditionnelles et un lieu de rencontres culturelles.

concert de Mm Tchen Gi-Vane
concert de Mm Tchen Gi-Vane

C’est là, que chaque année quand elle était encore en capacité physique de le faire, Tchen Gi-Vane célébrait notamment la fête de la Musique le 21 juin, entourée des ami(e)s de l’association du Tao antique et de l’association de Tai Ji Chuan (Philippe a donné des cours dans un local de la rue Gambetta presque jusqu’à 90 ans…).

Un haut lieu de rencontre pour tous ceux et celles qui aiment et s’intéressent à la culture traditionnelle chinoise.

La Pagode Wan You Lou répond scrupuleusement à la symbolique taoïste de l’espace ; à l’extérieur, elle présente deux étages de forme octogonale, et à l’intérieur, l’espace au sol est circulaire.

Le respect de la symbolique taoïste :

La construction de la Pagode se réfère à la symbolique des nombres de tradition taoïste : les huit trigrammes “Yi-King”, d’après le livre chinois de l’ordonnance du monde. Perfectionniste, Tchen Gi-Vane a regretté toutefois certains détails : les tuiles ne sont pas vernissées et les seize angles des toits ne se terminent pas par des arêtes conçues en Asie…

une pagode à Rambouillet
la pagode de Rambouillet

Cette vraie enclave de culture traditionnelle chinoise au coeur de Rambouillet est un véritable atout supplémentaire pour la ville. Surtout à notre époque où de nombreux touristes asiatiques visitent notre région parisienne.

Tchen Gi-Vane et son mari Philippe méritent vraiment que l’on n’oublie pas leurs combats pour la promotion de la pensée de Confucius, homme de paix et de bon sens. 

L’intérieur de la Pagode abrite une exceptionnelle collection d’instruments à percussion anciens, originaires de différents pays d’Asie : gongs, grelots, clochettes, cloches tibétaines, tambours, cymbales, poissons de bois… et bien sûr, le monocorde qui existait déjà à l’époque de Confucius.

Et n’oublions pas les différents pianos que Tchen Gi-Vane possède.

Après des dizaines d’années de recherches, Tchen Gi-Vane a réussi à retrouver la musique chinoise ancienne d’après des textes et grâce aux instruments qui n’ont guère changé depuis Confucius. Durant tous ses concerts, Tchen Gi-Vane, en costume traditionnel de toute beauté, évoluait avec une grâce mystérieuse au milieu de tous ses instruments, ressuscitant la musique chinoise primitive, peu connue des Occidentaux, car elle ne s’écrivait pas.

concert à la pagode
concert à la pagode

À chaque fête de la musique, Tchen Gi-Vane prenait un grand plaisir à faire vibrer tous ces instruments afin que les ami(e)s du couple puissent en bénéficier.

C’était alors un vrai voyage dans l’âme de la Chine ancestrale, avant de partager le thé et dialoguer sur les dangers menaçant actuellement Hong Kong et Taïwan…

Un site à préserver pour l’avenir :

Tant que Tchen Gi-Vane et Philippe Bertrand étaient encore en forme, ils accueillaient régulièrement de nombreux visiteurs à la Pagode, sur rendez-vous.
Notamment des écoliers, même des enfants de maternelle.
De nombreuses associations, venues de toute la région parisienne, des enfants aux retraités, ont eu le bonheur de visiter ce site exceptionnel. 
Les visiteurs sont venus de tous les coins d’Europe, et même bien au-delà. 

En cette année 2020, le problème, Tchen Gi-Vane et son mari Philippe en sont bien conscients, c’est bien la transmission de tout ce patrimoine exceptionnel, car aucun humain n’est éternel. Tous deux ont en 2020 plus de 90 ans et connaissent des problèmes de santé.
Le couple y réfléchit avec ses enfants, le fils qui est professeur de mathématiques en retraite et la fille qui voyage toujours comme hôtesse de l’air. Les amis du couple, passionnés de taôisme, participent également à cette réflexion. Chacun espère que ce haut lieu culturel continuera à exister dans l’avenir.
Mais pour cela il faut le soutien d’importantes structures culturelles (comme en a bénéficié par exemple la maison d’Aragon – Elsa Triolet  à Saint-Arnoult-en-Yvelines).

Il ne faudrait pas que cette Pagode et sa collection exceptionnelle d’instruments de musique disparaissent un jour, comme c’est arrivé malheureusement à Auffargis, pour la maison de Daniel Deschâtres, qui était un passionné d’olympisme et qui avait réalisé un véritable petit musée, qui a été remplacé aujourd’hui par des constructions modernes…

Bernard Delattre

qui a recueilli le témoignage de Tchen Gi-Vane dans le livre :  “Tchen Gi-Vane – Entre le Tao et Mao, la grande déchirure”( publié chez l’Harmattan et à commander dans toutes les librairies).

Cet article a 2 commentaires

  1. Rouquette

    Merci pour l’info, c’est une visite à faire. Cordialemen

  2. Jean-Eric Ullern

    J’ai eu la chance de voir (hélas pas de visiter) cette Pagode lorsque nous sommes allés avec Catherine Comas et Michel Paris, faire l’inventaire des arbres intéressants de la propriété (et il y en a plusieurs). Cette Pagode est effectivement très intéressante et il faudrait absolument que la municipalité de Rambouillet se rapproche de la famille Bertrand pour envisager un avenir patrimonial et culturel à cet édifice. Il faudrait aussi obtenir une exception aux règles de protection du château pour qu’il puisse être, non seulement ouvert à tous, mais aussi être rendu visible de l’extérieur.
    Il y a là un travail pour PARR (qui compléterait les écrits de Berard Delattre)à, et il serait peut-être utile d’en entretenir le Président Larcher qui pourrait aider dans les démarches à entreprendre. Et pourquoi pas une publicité avec « pétition » ?

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