Construction de Saint-Lubin : des projets abandonnés...

Rambouillet a disposé d’une première église à proximité du château, sans doute à partir du XIème siècle. En 1801 l’édifice est ébranlé par la foudre et en reste fragilisé. L’église s’avère en outre nettement insuffisante compte tenu du développement de Rambouillet, d’autant que le château ne dispose pas de chapelle pour ses hôtes royaux. Plutôt que d’essayer de la rénover, il est décidé d’en construire une nouvelle.

Il faudra attendre 1871 pour que ce projet soit mené à bien, avec l’inauguration de la nouvelle église Saint-Lubin, et la démolition de l’ancienne ( lire https://yveline.org/lancienne-eglise-de-rambouillet/).

Au préalable plusieurs projets auront été étudiés, et dans cet article j’ai voulu seulement rappeler les emplacements envisagés entre 1785 et 1860 pour la construction de l’actuelle Saint-Lubin.

Pour l’illustrer j’ai choisi d’utiliser, non les plans d’époque, mais des vues aériennes récentes ( Géoportail ). Naturellement le résultat est loin d’être réaliste, car en fonction des décisions qui auraient été prises à cette époque, le développement des quartiers ne se serait pas effectué de la même façon. Mais il permet mieux d’imaginer, me semble-t-il, ce que nous aurions pu connaître aujourd’hui.

Dans cette logique, je n’utiliserai ici que les noms de rues actuels, et non ceux de l’époque.

L’ancienne église

l'ancienne église
l’ancienne église

Ci-dessus, cette vue aérienne rappelle en bleu l’emplacement de la première église.
La reconstruire au même emplacement aurait nécessité de s’étendre vers l’arrière pour ne pas empiéter devant sur l’accès à la rue Raymond-Poincaré, d’autant qu’il s’agissait alors de la route principale d’Ablis à Paris.
Mais surtout, la construction de la nouvelle église n’aurait pas pu commencer avant la destruction de l’ancienne, ce qui aurait privé Rambouillet de lieu de culte durant plusieurs années.

Le projet de Louis XVI

Louis XVI souhaite faire du petit bourg rural de Rambouillet une ville royale.

La construction d’une nouvelle église, non loin de l’ancienne, est un élément de ce projet ambitieux.

Une rue, à créer, l’aurait contournée par la droite, une autre, à sa gauche aurait permis de rejoindre la rue Lachaux de façon directe. (cliquez sur less images pour les agrandir)

Plan du projet Louis XVI
Plan du projet Louis XVI

Les avantages du projet auraient été nombreux : rester proche de l‘ancien emplacement, disposer d’assez de place pour bâtir une très grande église, et donner plus de majesté à la grande place nouvellement créée devant la mairie.

On connaît un plan prévu pour cet emplacement (archives nationales VaXXX,54 relevé par J.Blécon). Il est peut-être de Thévenin, mais n’est pas signé. Il n’est pas non plus daté, mais a sans doute été réalisé vers 1785.

Il s’agit d’un édifice néo-classique avec un porche à quatre colonnes, et un escalier pour rattraper la déclivité du terrain. Il comporte en A une tribune royale, avec cabinet et salle des gardes, en B les fonts baptismaux, en C la sacristie, derrière l’autel, en E une petite chapelle des mariages, dans l’entrée et derrière elle, en F l’escalier qui mène au clocher et à l’orgue, et en G la chapelle de la vierge.

Presbytère et vicariat, avec un préau, auraient été construits à l’arrière, dans l’alignement de l’église, et prolongés par un jardin vers la rue Lachaux.

L’ensemble aurait été particulièrement imposant.
Cependant, la réalisation de ce projet prend du retard, et très vite Louis XVI a d’autres priorités. Il ne sera plus question de la construction de la nouvelle église avant 1860.

Les projets de 1860

Napoléon III témoigne un certain intérêt pour la ville. Pas au point d’accepter de financer en totalité la reconstruction de l’église, ainsi que les Rambolitains l’avaient espéré, mais assez pour accepter finalement d’y contribuer pour près du quart. Cette aide relance le projet, et trois emplacements font alors l’objet d’une étude approfondie :

– Le premier aurait conservé l’implantation prévue dans le projet de Louis XVI, mais en y construisant un édifice plus modeste.

Une ruelle aurait permis d’accéder à la rue Lachaux, et une rue aurait relié la rue de Penthièvre avec le carrefour Maillet, en contournant l’église.

– Dans ce second projet, l’église aurait été construite le long de la rue du Général Humbert, avec façade sur la place Félix-Faure, à l’emplacement actuel de la boulangerie et du café du Prado.

Située ainsi à mi-chemin entre la gare et le château, l’église aurait donné à la place Félix-Faure une importance qu’elle a fini par prendre sans elle.

simulation, place Félix Faure

Ce quartier était alors encore peu bâti. Le projet n’aurait donc pas nécessité de création de voies nouvelles, et aurait donc été assez économique.

un projet Place Jeanne d'Arc
un projet Place Jeanne d’Arc

– Enfin, le troisième projet aurait choisi le plateau, alors presque entièrement libre. L’église y aurait été orientée est-ouest selon la tradition chrétienne, et elle aurait été construite au centre d’une vaste place, avec de nombreuses annexes non représentées ici, situées entre l’église et la rue Gambetta : un presbytère et son jardin, deux vicariats indépendants, un logement pour le sacristain, un autre pour le bedeau, un service pour les Pompes Funèbres, et même une bibliothèque pour la ville !

Deux rues perpendiculaires auraient été créées,  l’une pour joindre la rue Clémenceau à la rue de Penthièvre, en faisant le tour de l’église et l’autre pour joindre la place du Roi de Rome à la place André Thome.

C’est finalement ce troisième emplacement qui sera retenu, mais avec plusieurs modifications :

  • d’abord un changement d’orientation : la façade ne sera pas orientée est-ouest, mais sera tournée vers le Palais du Roi de Rome,
  • et ensuite, la suppression, pour cause budgétaire, des annexes initialement prévues.

Un architecte, M. de Grigny, se voit confié en 1860 la réalisation de cette nouvelle église par la ville et il propose en 1861 deux variantes de ce projet. L’option B est finalement préférée à l’option A, parce qu’elle place l’église au milieu d’un champ, et ne nécessite donc que la démolition d’une seule maison, pour la création de la rue d’accès vers la rue d’Angiviller, au lieu de 4 dans l’option A.

En 1866 le curé de Rambouillet écrira :

 « Les études de l’assiette de la nouvelle église, depuis huit ans, loin d’avoir été inutiles, ont conduit sensiblement au but qu’on devait désirer atteindre, et ont fait adopter par tous le plus bel emplacement du monde, le plus favorable au développement du chef-lieu de la commune, le plus central, le plus accessible, le mieux situé, et ce qui n’est pas d’une médiocre importance, le moins dispendieux. »

L’emplacement une fois choisi, il reste à construire l’église.

Hippolyte Blondel, l’architecte diocésain, désapprouve énergiquement le projet de M. de Grigny « un devis sans rapport avec les travaux (…) l’architecte semble n’avoir aucune connaissance des matériaux en usage dans la localité » etc…

N’arrivant pas à les mettre d’accord, le Maire et son conseil décident donc, le 26 août 1864, d’organiser un concours public.

Le jury ne recevra pas moins de 55 projets, avec des devis allant de 300 000 à 380 000 francs.

Présidé par Violet-le-Duc, il choisira finalement le projet d’Anatole de Baudot – un de ses élèves – et celui-ci construira l’église Saint-Lubin que nous connaissons aujourd’hui.
Nous la présenterons dans un prochain article.

Christian Rouet
18 septembre 2021

Cet article a 4 commentaires

  1. Ullern Jean-Eric

    Sujet particulièrement intéressant et éclairant. Pourtant je n’ai pas encore compris pourquoi il a été décidé de réorienter N-S une église dont le sens est « presque » toujours Est-Ouest, portail à l’ouest et abside à l’est.

  2. Raslain

    Je trouve parmi les différents choix d’emplacements, l’endroit d’à côté du château et du baillage (ancien nom du bâtiment actuellement devenu l’Hôtel de Ville) aurait été mieux. Parce que le site aurait formé un ensemble de bâtiments racontant l’évolution du Bourg Rambouillet à l’essor de Renom connu de nos jours.

  3. H. Rouyer

    L’actuelle église Saint-Lubin a été axée Nord-Sud pour pour être placée dans la perspective du palais du Roi de Rome, grâce au percement de l’actuelle rue de la République. La composition urbaine ainsi créée est caractéristique du second XIXe siècle.

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