Les couleurs de la ville
Si on vous demande quelles sont les couleurs de la ville de Rambouillet, il y a bien des chances pour que vous répondiez « vert et blanc ».
C’est aussi l’avis de Wikipedia : « Depuis 1906 au mois de mai, Rambouillet fête le muguet, qui pousse en abondance dans la forêt, et dont les couleurs vert et blanc sont celles de la ville ». Ou encore celui du site « Emblèmes de France » qui présente un drapeau de Rambouillet « formé de deux bandes verticales verte et blanche. Les couleurs proviendrait (sic) du logo de la ville ». Ou encore le site du département : « ses couleurs vert et blanc (celles du muguet) sont celles que l’ancienne cité royale arbore fièrement ».
L’information a sans doute été publiée un jour au vu des décorations que la ville utilise lors de ses fêtes, et elle est relayée depuis sans que personne n’ose plus se demander qui aurait décidé de faire du vert et du blanc les couleurs de la ville, quand, et comment.
On pourrait dire que le choix de ces couleurs a « fait flores » : l’expression correspondrait d’autant mieux qu’elle évoque les fleurs associées à un succès, et que c’est bien certainement la réussite de la fête du muguet qui a conduit à cette association d’idées.
Retour sur nos couleurs…
Les couleurs de Rambouillet
A l’origine les couleurs d’une ville désignaient les armoiries, soit héritées de son histoire, soit plus récemment inventées à des fins touristiques.
C’est ainsi que les couleurs de Rambouillet auraient pu être durant plusieurs siècles le noir et le blanc (sable et argent en héraldique) des seigneurs d’Angennes.
Mais en réalité la ville n’avait pas d’armoiries. Lorsque Fournier, archiviste de Rambouillet, imagina de l’en doter, pour s’adapter au tourisme naissant, il conserva pour moitié les armes des d’Angennes, y superposa celles des Bourbon et les compléta par trois médaillons publicitaires, pour vanter la chasse, la Bergerie et la forêt de Rambouillet.
Difficile, au vu de ce blason, approuvé par le conseil municipal en 1887 d’en conclure que les couleurs de la ville sont le vert et le blanc, non ?
Le blanc est d’ailleurs absent des premières affiches imprimées pour la promotion de Rambouillet vers 1900, et les verts attirent moins l’oeil que le rouge de l’amazone.
Cependant la Fête du Muguet, créée en 1906, connaît un grand succès, et, c’est à partir de cette fête que cette fleur est associée à la ville de Rambouillet. Auparavant le muguet était associé à des villes comme Chaville, Meudon, aux forêts de Compiègne, de Randan ou de Crécy plus qu’à la nôtre… Et aujourd’hui 80% du muguet produit en France vient de la région de Nantes.
Les photographies de l’époque ne sont pas en couleur, mais on devine que la ville entière était assortie durant une journée entière aux couleurs des chars, réalisés à partir de milliers de ces petites fleurs aux feuilles vertes, et aux clochettes blanches.
Tout a été écrit sur la symbolique des couleurs, et notamment par Michel Pastoureau, dont les livres sont si passionnants ! Je rappellerai seulement quelques caractéristiques du blanc et du vert.
Le blanc
Le blanc est-il une couleur ou l’absence de toute couleur ?
Dans les sociétés européennes, la plus ancienne divinité a été la lune, « l’astre blanc ». Ses prêtres et ses vestales étaient vêtus de blanc. C’est la couleur de toutes les religions. A son tour, le christianisme en fait la couleur de la lumière du Christ. Le prêtre revêt une aube blanche pour célébrer la messe, robe nuptiale, robe baptismale, signe de pureté, d’humilité et de vie nouvelle.
En peinture le blanc est obtenu à partir de pigments naturels : craie, kaolin, gypse, par tous les peuples de toutes les époques dès la préhistoire.
En teinturerie il s’obtient par une série de blanchiments de textiles naturellement écrus ou beiges (lessives à base de cendres, de craies…). Son coût est donc plus élevé et réserve les vêtements blancs aux riches, ou aux grandes occasions.
Avant d’être opposé au noir, le blanc était opposé au rouge, couleur du sang. Par exemple, les jeux d’échecs étaient rouges et blancs. Le drapeau blanc est celui que l’on agite pour que le sang cesse de couler. C’est la couleur de la de la virginité, de la pureté, de l’innocence.
En politique le parti huguenot en avait fait son emblème durant les guerres de religion. Le blanc devient la couleur des royalistes à partir de la Révolution : au préalable la couleur royale était le bleu (la cornette blanche indiquait seulement la présence du commandement royal sur le champ de bataille).
Mais la couleur de la nouvelle vie est aussi celle de la vieillesse : l’apparition des premiers cheveux blancs. C’est la couleur des os, et donc celle de la mort. Dans de nombreux pays, notamment en Asie et en Afrique, c’est la couleur du deuil.
Le vert
On l’obtient facilement en mélangeant du bleu et du jaune. Mais au moyen-âge les normes imposées par les corporations n’ont rien à envier à celles de l’Europe d’aujourd’hui : on était teinturier en bleu ou en jaune, mais on ne pouvait pas utiliser les deux teintes !
Certes, le vert pouvait être fabriqué à partir de pigments naturels, mais il restait alors fade. Pour disposer d’un vert vif on utilisait donc un pigment particulièrement toxique : le vert-de-gris, obtenu en répandant de l’acide sur des lamelles de cuivre. Les empoisonnements inexpliqués qui en résultaient donnaient au vert une mauvaise réputation.
Au XIXème siècle on remplace le vert-de-gris par de l’arsenic, et les tentures ou vêtements verts sont encore plus dangereux. Les historiens, soulignant le fait que les pièces de la maison de Napoléon étaient recouvertes d’étoffes vertes y voient une explication possible à sa mort, l’hypothèse d’un empoisonnement volontaire ayant été abandonnée.
Parce qu’il était associé à une couleur chimiquement instable le vert est la couleur de ce qui est éphémère. C’est la couleur de la jeunesse et aussi la couleur de l’espérance. Les Révolutionnaires l’adoptent pour leur cocarde… avant de se rappeler que le vert est la couleur du comte d’Artois, frère du roi, et de l’abandonner au profit de la cocarde tricolore…
Mais c’est aussi la couleur du désespoir : sur le tapis vert le sort peut être aussi bien l’ami que l’ennemi du joueur.
Et finalement, les deux couleurs qui se retrouvent dans le brin de muguet, sont les deux couleurs les plus répandues dans la nature.
Le vert, grâce à la fonction chlorophyllienne. Le blanc dans la majorité des fleurs notamment parce qu’il reste très visible en lumière faible et favorise ainsi la pollinisation.
Les couleurs de la ville
De quoi parle-t-on lorsqu’on évoque la couleur d’une ville ?
S’agit-il de sa couleur vue du ciel ?
Aujourd’hui, puisque le moindre documentaire inclut inévitablement le recours à un drone, ce pourrait effectivement être la couleur des toits. Encore faudrait-il disposer d’un belvédère pour que les teintes vues du ciel puissent s’imposer, comme celles des toits de Paris depuis Montmartre !
Les toitures de Rambouillet sont malheureusement très disparates. Les couvertures les plus anciennes utilisaient la tuile plate à petit moule, avec un recouvrement important nécessitant un grand nombre de tuiles au m2. Les premières étaient fabriquées avec des argiles ocre jaune, qui leur donnaient une teinte claire. Petit à petit elles furent remplacées par des tuiles d’un brun plus foncé.
Cependant dès le XVIIIème siècle, certains hôtels particuliers privilégiaient l’ardoise, mieux adaptée au toit « à la Mansart », dont la pente brisée facilite l’aménagement des combles.
En 1980, la SAVRE avait publié le plan ci-dessus. Aux toitures traditionnelles sont venues s’ajouter des toits en tuiles mécaniques (plus larges), mais aussi des toitures en shingle –vague imitation de l’ardoise–, en zinc, voire même en tôle ondulée sur certains locaux professionnels. Sans oublier les toits en terrasse de nombreux immeubles collectifs.
Difficile donc de parler d’une couleur pour nos toits, ni de chercher une homogénéité quelconque…
Est-il plus facile d’évoquer la couleur de la ville vue du sol ? Le voyageur qui la traverse en retire-t-il une impression particulière ?
Les maisons les plus anciennes de Rambouillet, construites de chaque côté de la route présentent une certaine harmonie. Elles sont toutes construites à partir des matériaux de provenance locale : essentiellement la pierre meulière que l’on trouve en couche supérieure dans les carrières de grès de la région.
La mode est aujourd’hui de la laisser apparente, mais autrefois la pierre était toujours recouverte d’un enduit protecteur à base de chaux ou de plâtre, souvent coloré en ocre jaune par ajout de sablon, ou en rosé et rouge par ajout de poudre de terre cuite. Le rocaillage, qui consiste à insérer des petits fragments de meulière dans l’enduit, est souvent utilisé pour son effet décoratif.
La brique est souvent présente, mais en petite quantité : par exemple pour les souches de cheminées, ou quelques encadrements d’ouvertures.

Les fenêtres sont rectangulaires, plus hautes que larges. Elles ont généralement (mais pas toujours!) des volets en bois. Les portes, à panneaux pleins ou vitrés protégés par une grille ouvragée, sont également rectangulaires, et généralement deux fois plus hautes que larges. Ces ouvertures sont donc assez homogènes dans leur forme, mais les couleurs utilisées ne donnent pas à la rue une teinte dominante qui pourrait la caractériser.
Et quand il s’agit d’une rue commerçante, comme la rue de Gaulle, la diversité des vitrines s’oppose à une image homogène.
L’idée a été, il y a quelques années, d’insister sur le côté minéral de la rue de Gaulle, et des travaux conséquents ont été entrepris pour remplacer l’enrobé moderne de la chaussée par des pavés à l’ancienne, et les trottoirs par des dalles élégantes.
Le résultat n’a pas été probant ! Le bruit de roulement est insupportable pour les riverains, les pavés s’enfoncent régulièrement et creusent des dénivellations plus efficaces que des gendarmes couchés pour éclater son carter, et les trottoirs ont déjà été traités dix fois pour les rendre moins glissants… sans grand succès !
Comment pourrait-on donc associer Rambouillet à une couleur quelconque ?
Mais au fond, on pourrait se poser la question à propos de presque toutes les villes !

En fait, je ne connais en France que le village de Collonges-la-Rouge, ce joyau de grès rouge au coeur de la Corrèze, à pouvoir être associé à une couleur, sans discussion possible. Au reste, il est classé aux monuments historiques, et il ne ferait pas bon souhaiter y peindre en blanc sa façade !
D’autres villes sont aussi associées à une couleur, le plus souvent en raison des teintes des façades de leur quartier le plus ancien : Toulouse est ainsi dit la ville rose, la Rochelle, la ville blanche… Cependant, avec le temps, ces appellations s’imposent de moins en moins au visiteur.
En réalité, aujourd’hui c’est la couleur du maillot de son équipe de football qui fait de Nantes la cité des canaris, de Saint-Etienne celle des verts, au moment où les Français sont devenus les bleus.
De même, la combinaison du blanc et du bleu évoque immédiatement l’OM de Marseille, celle du rouge et du bleu, le PSG de Paris, le rouge et le noir, le Stade Rennais etc.
S’il y a un cadre dans lequel les couleurs d’une ville ont encore un sens, c’est donc bien celui du sport.

Il nous reste par conséquent à espérer qu’un jour les équipes de Rambouillet sauront, par leur réussite sportive, imposer les couleurs de leur maillot.
A ce propos : Coubertin choisit de symboliser chacun des continents par un cercle de couleur sur le drapeau olympique. Des considérations ethniques (voire légèrement racistes) ont conduit à mettre l’Asie en jaune, l’Afrique en noir et l’Amérique en rouge L’Europe devrait ainsi être en blanc, mais c’est la couleur du fond. Coubertin choisit donc le bleu, la couleur la plus utilisée sur ce continent. Mais pourquoi le vert pour l’Océanie ? Certainement pas pour évoquer la couleur du bush australien ! Eh non ! C’est tout simplement… parce que c’était la dernière couleur primaire disponible !
Aujourd’hui, le logo de Rambouillet utilise 3 couleurs :
on y retrouve bien l’association du vert vif (RGB : 111 / 179 / 83 ) pour la vague qui évoque la cime des arbres de la forêt, et du blanc, en couleur de fond .
Cependant c’est bien le nom de la ville, en bleu foncé (RGB : 17 / 71 / 124 ) qui prend le plus d’importance.
Et vu le choix graphique de la Communauté d’Agglomérations ne dira-t-on pas bientôt que la couleur de Rambouillet est le bleu ?
D’ailleurs n’est-ce pas la couleur de cet excellent site ? 😉

Christian Rouet
mars 2026
















Bravo Christian pour cette 300e. Toujours le même plaisir de vous lire chaque semaine.
Christian
Bonsoir,
Une très grande majorité des clubs de sports de la ville ont adopté le vert et blanc pour leur maillot !
Félicitations pour cet excellent boulot ! À quand le bouquin « Chroniques de Rambouillet » ?
Et, en attendant, rendez-vous à la 500e ?