G.Lenotre

Louis Léon Théodore Gosselin est bien connu des Rambolitains, mais uniquement sous son nom de plume : G.Lenotre.
Et encore !
Il semblerait qu’une erreur ait été commise dès la transmission au cadastre de la délibération du 15 novembre 1935 qui rebaptisait G.Lenotre la rue allant de la Place Félix-Faure à la rue de la Garenne (rue Patenôtre), de sorte que cette rue s’est trouvée enregistrée dans plusieurs fichiers officiels sous le nom de rue Georges Lenotre.

Il a été fort difficile de revenir sur cette erreur, et il y a encore quelques années, les plaques de rue étaient toujours erronées. Plusieurs administrations n’ont toujours pas corrigé leurs sources.

Crédit Agricole de Rambouillet

A côté des adresses en Georges Lenotre, on trouve des indications tout aussi erronées, comme rue Gosselin Lenotre (ou Lenôtre). C’est par exemple le cas sur le site du Crédit Agricole !

Il faut donc rappeler que M.Gosselin utilisait seulement son troisième prénom : Théodore, et que Théodore Gosselin, historien-écrivain, avait choisi comme nom de plume celui de G.Lenotre.
Lenotre en mémoire du jardinier André Le Nôtre, concepteur des jardins de Versailles, mais en un seul mot, et en supprimant l’accent, et G. initiale de son patronyme, ainsi qu’il l’a écrit lui-même :

« Le G. que j’ai mis devant ne signifie ni Georges, ni Guy, ni Gaston, ni même Gédéon, comme certains le croient et le disent, mais tout simplement Gosselin, qui est mon nom de contribuable. »

D’après Wikipedia, il aurait été l’arrière-petit-neveu d’André Le Nôtre. Une autre source indique qu’il a ainsi souhaité honorer sa grand-mère, « directement apparentée à Le Nôtre. »

Son arbre généalogique confirme bien cette parenté directe … mais tout de même assez lointaine !
Cette grand-mère Catherine Geneviève Aimée Lenostre, (ou Lenôtre), morte quand il avait 47 ans, était l’arrière-arrière petite fille de Philippe Lenôtre, l’un des 5 frères et sœurs du célèbre jardinier.
Il se trouvait donc effectivement neveu d’André Le Nôtre, à la septième génération…

J’aime imaginer que sa grand-mère était particulièrement fière de cette parenté lointaine, qu’elle aimait en parler au petit Théodore, et que c’est peut-être ainsi que lui est venu le goût des histoires.
D’ailleurs, qui, mieux qu’un grand-père ou une grand-mère, peut susciter une vocation de conteur ?

Théodore Gosselin

Il nait en 1855 à Richmond près de Thionville. Son père est directeur des douanes de Moselle.
Théodore fait ses études chez les jésuites de Metz, mais après la défaite de 1870 et la perte de la Lorraine, la famille Gosselin doit quitter la région, et s’installe à Paris.

Théodore entre à dix neuf ans au service de statistiques du Ministère des Finances, et très vite en sort pour vivre de sa plume. Il écrit des articles d’histoire pour le Figaro, le Temps ou la Revue des deux mondes.

En 1881 il publie à 26 ans son premier livre : « Histoire anecdotique des salons de peinture depuis 1673 ». C’est le seul ouvrage qu’il publie sous son nom de Théodore Gosselin.
Dès le second, en 1893 il signe de son nom de plume G.Lenotre. Il rencontre vite le succès, puis une véritable consécration.

Pour tous ses lecteurs il devient « le pape de la petite histoire » .

L’histoire de la Révolution française est son domaine de prédilection. De « La guillotine sous la Terreur » en1893 à « La vie à Paris pendant la Révolution », parue à titre posthume en 1936, il publie plus de 60 livres dont la plupart traitent d’un aspect de la Révolution. Son livre le plus connu est un recueil de nouvelles regroupées en six volumes : « Vieilles maisons, vieux papiers, chroniques du Temps » écrites entre 1900 et 1929.

Accessoirement, il s’essaye au théâtre avec « Les Trois Glorieuses », « Varennes » et « Les Grognards ».

G.Lenotre

Historien, il se livre à de véritables enquêtes policières. Il tient à visiter les lieux dont il veut parler, et à étudier toutes les archives disponibles, et tous les documents non officiels. Il aime dire que pour ses enquêtes sur « Vieilles maisons, vieux papiers » il a été « l’homme de France qui avait été le plus mis à la porte » (cité par Pierre de Janti, « Propos sur l’ancien Rambouillet »). L’appartement qu’il occupera toute sa vie au 40 rue Vaneau à Paris contient 7000 volumes et des montagnes de documents. Il est difficile de comprendre qu’il ait pu y rester assez de place pour une épouse et deux filles !

Il met dans ses ouvrages le suspens, le sens de l’action, et des pointes d’humour qui rendent ses récits historiques aussi passionnants que des romans de Dumas, et inaugure ainsi une nouvelle approche de l’histoire que poursuivront après lui Alain Decaux ou André Castelot pour notre plus grand bonheur.

En 1909 il essaye d’entrer à l’Académie française, pour y occuper le fauteuil de Victorien Sardou, mais les immortels lui préfèrent Marcel Prévost.

En 1932, à la mort d’Hervé Bazin il se représente et cette fois il est élu. Mais il n’aura pas le temps d’occuper ce fauteuil n° 30 car une crise cardiaque le terrasse le 7 février 1935. Il meurt à l’âge de 79 ans et il est enterré au cimetière historique de Picpus dont il avait écrit l’histoire en 1928.

Georges Duhamel, quand il sera reçu à l’Académie pour le remplacer prononcera donc un double éloge : celui d’Hervé Bazin que G.Lenotre avait préparé mais sans avoir eu l’occasion de le prononcer, et celui de l’historien.
Dans son discours il s’interroge de façon fort intéressante sur la différence entre le travail d’un historien et celui d’un romancier. En voici la conclusion :

M. Lenotre n’ignorait pas cette puissance de la fiction quand elle est l’œuvre d’un artiste. Il se défend d’inventer quoi que ce soit, ce dont nous rougirions, nous autres (romanciers), mais ce qui, pour l’historien, est une juste discipline. Il se défend donc d’inventer, mais il s’y prend d’une telle manière, avec tant de si justes détails, d’observations vivantes, de vérité humaine, en un mot, que nous sommes tentés de le reconnaître pour l’un d’entre nous et de lui ménager une place dans la galerie de nos maîtres.

Malgré qu’il en ait, il donne, comme les romanciers, quelque chose de son âme, une étincelle de sa vie à ces créatures misérables dont il ne parvient point à rester le peintre impassible.
Je rejoins ici ma proposition première et j’y trouve un chemin vers ma conclusion. M. Lenotre a montré que l’histoire pouvait être, pour le lecteur accompli, plus intéressante que le roman.
Mais il rend, chemin faisant, un bel hommage aux procédés et aux vertus de notre art, puisqu’il se plaît à les imiter. Il nous donne à penser que le roman, récit fictif, est souvent plus vrai que l’histoire; un tel enseignement est un principe d’émulation.
Il vaut à M. Lenotre un hommage de gratitude que, pour mon compte, je ne lui marchanderai jamais. Malgré toutes les amertumes qu’une lecture telle me réserve, je sais que je n’ai pas fini de relire M. Lenotre.

(son discours complet est en ligne, ici )

G.Lenotre à Rambouillet

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En 1920 il vient passer des vacances à Rambouillet. Il s’y plait tellement qu’en 1925 il loue une maison, au 11 de la rue Grenonvilliers (15 rue Foch). Son bail de trois ans sera renouvelé à chaque échéance, et dés lors il partagera sa vie entre la rue Vaneau et Rambouillet.

Dans son bail, il est désigné comme « littérateur, officier de la Légion d’Honneur ».

Rien d’étonnant à ce qu’il publie en 1930 « Le Château de Rambouillet : six siècles d’histoire », un ouvrage plusieurs fois réédité depuis, et qui reste sans doute le document le plus complet sur notre château.

Il se lie d’amitié à Rambouillet avec des membres de la Shary (Société Historique et Archéologique de Rambouillet et de l’Yveline) et succède à son président Félix Lorin en 1933.

Durant ses séjours à Rambouillet il travaille beaucoup, écrit, mais s’adonne aussi à l’aquarelle, pour son plaisir personnel.

l’Echo Républicain, août 1985. Me Georges Barbier

C’est donc le pseudonyme d’un Rambolitain d’adoption que le conseil municipal a décidé fort à propos, le 15 novembre 1935, quelques mois après son décès, de donner à la « rue d’Ablis. »

Christian Rouet

La publication a un commentaire

  1. JOCELYNE BERNARD

    Bonjour,
    le manuscrit du livre de Lenôtre appartient au fonds ancien de la médiathèque de la Lanterne. La ville l’a acquis sur ma proposition voici une douzaine d’années. Il est composé de six cahiers de petit format et fait partie des documents originaux, les manuscrits, aux côtés de plusieurs textes de la main de Florian, le fabuliste et d’un « billet » du duc de Penthièvre.Merci à Christian Rouet pour cette biographie.

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